Jacques Cardinal


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Jacques Cardinal est professeur de littérature à l’Université de Montréal. Il est l’auteur de : Le roman de l’histoire. Politique et transmission du nom dans Prochain épisode et Trou de mémoire de Hubert Aquin (finaliste au prix Raymond-Klibansky) ; La Paix des Braves. Une lecture politique des Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé ; Le livre des fondations. Incarnation et enquébecquoisement dans Le ciel de Québec de Jacques Ferron (finaliste au prix Jean-Éthier-Blais), Filiations. Folie, masque et rédemption dans l’oeuvre de Michel Tremblay et Humilité et profanation. Au pied de la pente douce de Roger Lemelin.





Jacques Cardinal, La part du diable. Le Saint-Élias de Jacques Ferron, essai, collection « Réflexion », janvier 2016, 330 p., 30 $. ISBN : 978-2-924186-96-1 (édition papier) • 978-2-924186-97-8 (édition numérique PDF).

La Révolution tranquille a voulu rompre avec une Église jugée obscurantiste et rétrograde. Or, avec Le Saint-Élias (1972) — dont l’action se déroule à Batiscan dans le dernier tiers du XIXe siècle —, Jacques Ferron dessine un portrait moins sombre de la culture catholique du Canada français. Inspiré notamment par la légende du diable dupé de la tradition populaire, de même que par celle de Faust, le docteur Ferron évoque non pas tant le personnage terrifiant associé à une pastorale de la peur que celui par lequel s’accomplit parfois la divine providence. Telle est la part du diable en ce monde marqué par l’inévitable combat entre le bien et le mal. Ce dont témoigne à sa façon, dans ce récit, la naissance d’un enfant adultérin, fruit du péché et néanmoins bénédiction pour des époux frappés par la stérilité. L’étude de Jacques Cardinal cherche à mettre au jour le cadre historique, culturel et théologique à partir duquel Ferron le mécréant a voulu relire ce passé et proposer ce faisant un autre récit de la survivance canadienne-française.



Jacques Cardinal, Humilité et profanation. Au pied de la pente douce de Roger Lemelin, essai, collection « Réflexion », janvier 2013, 202 p., 25 $. ISBN : 978-2-924186-10-7 (édition papier) • 978-2-924186-11-4 (édition numérique).

Si le premier roman de Roger Lemelin (1919-1992) apparaît de prime abord humoristique et pittoresque par sa description de la vie paroissiale dans la basse-ville de Québec au tournant des années trente, il n’en mène pas moins un combat contre un certain discours catholique qui exalte l’humilité, la piété de la pénitence et la sainteté crucifiante. Dans son étude sur Au pied de la pente douce (1944), Jacques Cardinal analyse l’ironie profanatrice d’une œuvre qui dénonce la duplicité de nombreux personnages, et l’incidence tout aussi profanatrice d’une représentation de la souffrance, de l’humiliation et de la mort qui ne s’inscrit pas d’emblée dans le discours de l’Imitatio Christi. Ce refus d’une sublimation chrétienne inspirée de la Passion ouvre la voie à l’expression d’un réalisme jusque-là plutôt rare dans notre histoire littéraire. C’est une dimension particulière de notre héritage catholique — si ce n’est un aspect du récit identitaire du Canada français — que cette écriture met en procès, en mêlant au rire l’esprit conquérant et la détresse sans rédemption.



Jacques Cardinal, Filiations. Folie, masque et rédemption dans l’œuvre de Michel Tremblay, essai, collection « Réflexion », novembre 2010, 214 p., 25 $, ISBN : 978-2-923844-07-7 (édition papier) • 978-2-923844-17-6 (édition numérique).

Une lecture rigoureuse et pertinente

Depuis plus de quarante ans, Michel Tremblay édifie une œuvre imposante dans laquelle il relate, notamment, la destinée d’une famille de la rue Fabre sur trois générations. Or, au cœur de ce roman familial est enfoui le secret plus ou moins bien gardé d’une relation incestueuse. L’étude de Jacques Cardinal permet de montrer les puissances et les limites de l’imagination et du rêve, le vertige qui s’empare du sujet lorsque l’interdit de l’inceste est transgressé, violence première entravant l’arrimage du sujet à la loi. Ainsi déchiffre-t-on chez Tremblay non pas tant un éloge de la rêverie, du simulacre ou du masque qu’une quête de la parole authentique ; non seulement une célébration du maternel, mais une mise en scène profanatrice de la mère et de son pouvoir. De là se trouve convoqué un certain discours religieux — en particulier catholique — en tant qu’il soutient la quête des apparences, de l’imitation, du mensonge, du secret et du refoulement. L’œuvre de Michel Tremblay apparaît bien à cet égard comme un art du mentir-vrai, une méditation sur la fiction dont l’artifice ne s’oppose pas à la recherche d’une vérité enfin dévoilée.








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